Deux jours au cœur du CGDE Dijon 2026 : Monreseaudeau.fr revient sur les temps forts du salon, les solutions découvertes par l’équipe et les rencontres avec les acteurs de la filière eau.
Aération en station d’épuration : réduire la consommation grâce à la régulation prédictive
Premier poste de consommation d’une station d’épuration, l’aération des bassins biologiques repose encore largement sur une régulation qui réagit à ce qu’elle mesure.

Dans un contexte d’énergie volatile, de climat plus instable et d’exigences réglementaires renforcées, l’anticipation par l’intelligence artificielle permet de réduire la facture sans toucher aux équipements, tout en fiabilisant le traitement au quotidien.
Une équation devenue plus complexe
Jusqu’à 60 % de l’électricité consommée par une STEU (Station de Traitement des Eaux Usées) part dans l’aération. Longtemps, ce poste a été considéré comme une dépense incompressible, au service d’un objectif prioritaire : la conformité des rejets. Le fonctionnement des bassins reposait sur une logique simple et robuste, qui a fait ses preuves pendant des décennies.
Le contexte, lui, a changé. Les prix de l’énergie ne se contentent plus d’augmenter : ils fluctuent fortement, au point de rendre les budgets d’exploitation difficiles à anticiper. La nouvelle directive sur le traitement des eaux résiduaires urbaines (DERU 2) durcit les règles du jeu et resserre les seuils de rejet. Les aléas climatiques se multiplient : épisodes pluvieux intenses, périodes de sécheresse, écarts de température marqués font varier brutalement les débits entrants et la charge à traiter, tout en influant sur l’activité biologique des bassins.
Les services d’assainissement doivent garantir une élimination toujours plus fine des nutriments, viser la sobriété carbone et tenir des budgets resserrés. Le tout avec des installations existantes qu’il n’est ni réaliste ni souhaitable de reconstruire.
Régulation par sonde d’oxygène ou redox : pourquoi les stations sur-aèrent
Dans la plupart des stations, le pilotage du bassin biologique s’appuie sur des sondes d’oxygène dissous ou de potentiel redox, permettant de commander les surpresseurs en fonction de l’état mesuré à l’instant T. Ce fonctionnement a été conçu pour garantir la conformité, et il remplit bien cette mission.
Sa limite tient à sa nature même : il réagit. La biologie du traitement possède sa propre inertie, et la mesure ne reflète que l’état présent du bassin. Quand la sonde détecte une dérive, la charge organique ou azotée est déjà là. L’automate répond donc à un événement passé ou en cours, avec un décalage inévitable.
Pour compenser ce retard et écarter tout risque de non-conformité, les exploitants n’ont guère d’autre choix que de prendre des marges. On aère davantage, par prudence. Cette sécurité se paie à plusieurs niveaux : une facture d’électricité alourdie, une usure mécanique accélérée des aérateurs, et des équipes sollicitées par des alarmes intempestives et des interventions manuelles répétées dès que la charge varie brusquement.

Anticiper la charge en ammonium à 24 heures
La régulation prédictive développée par Purecontrol inverse cette logique en donnant aux automates un temps d’avance sur la biologie. Son principe est pragmatique : valoriser les données déjà disponibles sur site pour modéliser le comportement du bassin d’aération. Aucun capteur supplémentaire ni remplacement d’équipement n’est nécessaire.
L’algorithme croise en continu les mesures existantes (débits entrants, redox, sondes d’oxygène, état de marche des équipements) pour reconstituer la charge réelle en ammonium, à la manière d’une sonde virtuelle. À partir de l’historique propre à chaque station, il projette ensuite l’évolution de cette charge sur les 24 heures suivantes.
Cette prévision biologique est mise en perspective avec des paramètres extérieurs : prévisions météorologiques, fluctuations des tarifs de l’électricité et intensité carbone du réseau. L’outil en déduit en permanence la stratégie d’aération la plus pertinente, puis transmet directement les consignes optimisées aux automates. C’est ce dernier maillon qui fait la différence : la solution ne se contente pas de prédire, elle agit sur les cycles des surpresseurs et sur la demande en oxygène pour apporter la juste quantité d’air, au moment le plus opportun.

Réduire la facture d’électricité de l’aération : les trois leviers du pilotage prédictif
L’autre apport majeur est énergétique, et il s’exprime sur trois leviers.
Le premier concerne la consommation : le système lisse la marche des surpresseurs et les maintient à leur meilleur point de fonctionnement, par exemple via la régulation des variateurs de vitesse. On aère exactement ce qu’il faut, ce qui réduit la consommation et limite l’usure des équipements.
Le deuxième levier porte sur le coût. Grâce à sa vision à 24 heures, l’outil décale les cycles d’aération vers les périodes où l’électricité est la moins chère, en ciblant les heures creuses ou les prix spot favorables. En moyenne, les stations pilotées constatent 15 % d’économies sur le coût énergétique de l’aération, sans que la performance épuratoire soit prise en défaut.
Le troisième levier touche à l’empreinte carbone. En déplaçant sa consommation vers les heures où l’électricité est la moins carbonée, la station peut réduire jusqu’à 40 % ses émissions de CO2.
Effacement électrique et autoconsommation : la station d’épuration devient flexible
Cette flexibilité ouvre un rôle nouveau aux stations d’épuration. Une STEU pilotée de manière prédictive peut participer à des mécanismes d’effacement électrique, en modulant temporairement sa puissance pour soulager le réseau national. Elle en tire des revenus complémentaires, sans aucune rupture de service pour le traitement de l’eau. Lorsque le site dispose de panneaux photovoltaïques, l’outil synchronise aussi le besoin d’aération avec les pics de production solaire locale.
Sans investissement structurel, la station gagne ainsi en stabilité, en sobriété et en flexibilité. Une manière concrète de concilier performance épuratoire, maîtrise des coûts et transition énergétique avec les infrastructures existantes.
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