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Eau potable en Loire-Atlantique : comment le département prépare 2050
En Loire-Atlantique, l’eau potable est un bien partagé, stratégique, dont la sécurisation devient un impératif à l’heure du changement climatique. Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, à une croissance démographique continue et à la pression croissante sur les ressources, le Département, en partenariat avec l’État, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et les maîtres d’ouvrages locaux, a lancé en 2023 une étude approfondie sur l’alimentation en eau potable à l’horizon 2035 et 2050.

Réalisée par le bureau d’études SAFEGE (groupe SUEZ), cette étude constitue une actualisation du schéma départemental datant de 2005. Elle repose sur une démarche collective associant les intercommunalités, syndicats d’eau, métropoles et agglomérations, dans un objectif commun : garantir un approvisionnement sûr, durable et solidaire pour tous les habitants du territoire.
Cet article propose de revenir sur les principaux enseignements de cette étude, avec un éclairage particulier sur les enjeux liés aux réseaux d’eau, à la qualité de la ressource, et aux leviers technologiques émergents.
Une ressource sous pression : état des lieux et projections
Le territoire de Loire-Atlantique tire la majorité de son eau potable de la Loire et de sa nappe alluviale, qui représentent à elles seules 70 % des volumes distribués. Le complément provient de captages souterrains répartis sur l’ensemble du département. Cette organisation permet, à ce jour, de répondre aux besoins quotidiens – environ 275 000 m³ d’eau potable sont distribués chaque jour, soit près de 100 millions de m³ par an.
L’approvisionnement reste globalement excédentaire, grâce à un maillage dense d’interconnexions et une gestion coordonnée entre territoires. Le solde en période de forte consommation est encore positif, estimé à +23 000 m³ par jour. Mais cet équilibre est précaire.
Les projections à 2035 et 2050 montrent un renversement de tendance. La croissance démographique attendue, couplée à des étés plus longs et plus chauds, pourrait faire grimper les besoins de 15% en 2035 et de 22% en 2050. Dans le même temps, les ressources souterraines diminueraient respectivement de 10% et 25%, selon les hypothèses climatiques retenues. Résultat : un déficit estimé à 16 000 m³ par jour dès 2035, puis 54 000 m³ par jour en 2050, en période de pointe.
Comme l’a résumé Michel Ménard, président du Département : « En 2035, cela représenterait l’équivalent de la consommation de 140 000 personnes. Et si nous n’agissons pas, en 2050, ce seraient 470 000 personnes concernées. »
Au-delà des chiffres, cette évolution impose une nouvelle stratégie : adapter les infrastructures, revoir les équilibres territoriaux, renforcer les sécurités du système. Et surtout, agir dès aujourd’hui.
Sobriété, résilience et gouvernance : anticiper les crises à 2050
L’étude départementale met en lumière les fragilités du système d’alimentation en eau potable, tout en identifiant les leviers à mobiliser pour renforcer sa résilience. Les tensions à venir imposent une transformation des pratiques et des infrastructures à l’échelle du territoire.
Première priorité : la sobriété. Réduire la consommation d’eau potable est un levier immédiat et accessible pour limiter les déséquilibres saisonniers. L’objectif est clair : passer de 127 à 114 litres par jour et par habitant d’ici 2035, soit une baisse de 10 % de la consommation actuelle.
Claude Bodet, vice-président de Cap Atlantique a souligné : « Ce n’est pas une contrainte, c’est un outil pour adapter notre consommation à nos besoins réels, sans gaspillage. »
Cette sobriété repose sur 3 axes :
- L’amélioration continue des rendements de réseaux (objectif : 85,1 % en 2050) ;
- La sensibilisation des usagers et l’accompagnement vers des équipements sobres ;
- L’optimisation des usages non prioritaires (arrosage, nettoyage, etc.) et le recours accru à des ressources alternatives (eaux pluviales, eaux usées traitées).
Les 6 autres leviers identifiés lors de la conférence de presse incluent :
- Le renforcement des interconnexions entre territoires pour sécuriser l’approvisionnement ;
- La réduction de la sensibilité au bouchon vaseux sur la Loire par des aménagements ciblés ;
- L’adaptation saisonnière de la gestion des ressources selon les besoins et les capacités ;
- La diversification des points de production pour limiter les dépendances critiques ;
- Une gouvernance intégrée et solidaire, fondée sur la coordination entre le département, les intercommunalités, les producteurs d’eau et les services de l’État ;
- La modernisation des outils de gestion et de surveillance, pour mieux anticiper les risques.
Mathieu Batard, Directeur de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM44), a expliqué : « La réussite de ces actions ne relève pas d’un seul acteur. Cette étude montre que la coordination et la solidarité sont les clés. »
Ces leviers, techniques et organisationnels, s’intègreront dans la feuille de route opérationnelle que le département et ses partenaires construiront collectivement.
L’enjeu est clair : faire évoluer un système déjà solide vers un modèle capable de résister aux chocs climatiques et aux déséquilibres structurels à venir.
Qualité de l’eau et transition technologique : un enjeu collectif
La question de la quantité ne peut être dissociée de celle de la qualité. Si l’eau distribuée en Loire-Atlantique est globalement conforme aux exigences sanitaires, la ressource elle-même se dégrade. Les captages souterrains sont exposés à des pollutions diffuses : nitrates, pesticides, PFAS, résidus médicamenteux.
Certaines molécules anciennes, aujourd’hui interdites, génèrent des métabolites que les systèmes de traitement ne peuvent pas toujours éliminer.
Claude Caudal, Vice-Président d’Atlantic’Eau a rappelé : « L’eau n’est pas seulement un fluide, c’est un milieu vivant. On doit aussi changer les pratiques autour des captages, avec une exigence de zéro phyto. »
Ces contraintes techniques, sanitaires et économiques imposent d’agir à la source : protection des aires de captage, changement des pratiques agricoles, lutte contre les micropolluants. Mais elles invitent aussi à innover.
La modernisation des outils de surveillance, d’analyse et de pilotage des réseaux est une priorité.
À ce titre, les technologies d’intelligence artificielle apparaissent comme un levier prometteur : détection anticipée des pollutions, optimisation des ressources, maintenance prédictive, modélisation des scénarios de crise… Les applications se multiplient, ouvrant la voie à une gestion plus fine, plus réactive, plus économique de l’eau potable.
Chloé Girardot-Moitié, vice-présidente du Département en charge des ressources, milieux naturels, biodiversité et action foncière, a insisté sur cette dynamique : « C’est par l’activation de l’ensemble des leviers que nous pourrons agir efficacement, de façon collective et complémentaire. »
Le Dossier de Presse complet
Téléchargez la restitution complète de l’étude pour accéder à l’ensemble des données, projections et préconisations.
Cette étude départementale sur la sécurisation de l’alimentation en eau potable marque une étape décisive pour la Loire-Atlantique. Elle pose un diagnostic partagé, alerte sur les vulnérabilités à venir et propose des leviers d’action concrets, à mettre en œuvre dès aujourd’hui. Son ambition dépasse la gestion de crise : elle appelle à un changement de paradigme, fondé sur l’anticipation, la sobriété, la qualité et la solidarité territoriale.
Elle est le fruit d’un travail collectif conduit par le département de Loire-Atlantique, en partenariat avec :
- L’Agence de l’eau Loire-Bretagne
- La Préfecture de Loire-Atlantique (DDTM, ARS)
- Nantes Métropole
- Atlantic’eau
- Le Syndicat Vignoble-Grand-Lieu
- Saint-Nazaire Agglo
- CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo
- Clisson Sèvre & Maine Agglo
- Eaux et Vilaine
Avec l’appui du bureau d’études SAFEGE (groupe SUEZ), cette étude actualise le précédent schéma de 2005 et propose une vision à 2035 et 2050. Elle sera désormais traduite en feuille de route opérationnelle.
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